Bienvenue dans votre bouffĂ©e d'altitude hebdomadaire â°ïž
Cette semaine, dans lâinterview OxygĂšne, je reçois un homme qui garde les deux pieds sur terre et un Ćil sur lâhorizon.
đ„Ÿ FEUILLE DE ROUTE KAMBA
3 rubriques = 3 rituels
1â Se relier Ă un Premier de cordĂ©e
2â Prendre de la Hauteur
3â Prendre une BouffĂ©e d'air
Bonne lecture !
Si vous lisez Kamba, câest que vous ĂȘtes dĂ©jĂ en train de lĂącher du lest.
ValĂ©rie Daviet, votre rĂ©dacâ chef
1â DU LIEN HUMAIN
PREMIER DE CORDĂE | Lâinterview oxygĂšne
Mettre en lumiĂšre un âguideâ qui crĂ©e du lien et un chemin.
Photo Betty Julien - août 2026
Bertrand Julien
Lâancrage en hĂ©ritage
Cette semaine, notre invité nous rappelle que derriÚre chaque culture, chaque récolte, se cache une histoire de passion et de détermination.
Câest dâailleurs au volant de son tracteur, « en train de semer des colzas », que notre guide du jour rĂ©pondait Ă nos questions.
Dans nos bureaux climatisĂ©s, devant nos Ă©crans brillants, on oublie trop souvent ce que signifie « avoir les pieds sur terre ». On empile les objectifs du mois et la fatigue mentale, persuadĂ©s que le monde tourne autour de nos livrables. Mais au-delĂ de la vallĂ©e de lâinfobĂ©sitĂ© numĂ©rique, il y a ces professionnels dont le quotidien est dictĂ© par le rythme des saisons, le vent et la roche. đż
Aujourdâhui, nous partons Ă la rencontre dâun premier de cordĂ©e du vivant.
La cordée des générations
Si le parcours de Bertrand Ă©tait une voie d'alpinisme, ce serait une grande classique assurĂ©e depuis plus d'un siĂšcle. A son compte depuis 1998, Bertrand JULIEN est l'hĂ©ritier d'une lignĂ©e d'agriculteurs et d'arboriculteurs fixĂ©e sur des terres âsaintesâ (en Charente-Maritime), depuis au moins quatre gĂ©nĂ©rations.
Reprendre l'exploitation familiale, ce n'est pas seulement hĂ©riter d'un outil de travail : c'est recevoir le tĂ©moin de la gestuelle et de lâexpertise des âsagesâ. Aujourd'hui Ă la tĂȘte de 230 hectares, oĂč se cĂŽtoient blĂ©, maĂŻs, colza, tournesols et quelques rangs de vigne, Bertrand pratique un art bien prĂ©cis : l'observation.
Sa philosophie d'ascension ?
Travailler avec la nature : lâobserver pour mieux la prĂ©server, l'exploiter sans l'Ă©puiser.
L'agilité face aux intempéries : avec des aléas climatiques de plus en plus marqués, ajuster son tracé en permanence. Bertrand fait appel au bon sens paysan et à son puissant instinct.
Transmettre le brin de corde : la relĂšve se prĂ©pare dĂ©jĂ . Son fils unique, qui aimerait sâorienter vers la mĂ©canique agricole, s'apprĂȘte Ă perpĂ©tuer lâaventure familiale. Une chaĂźne humaine ininterrompue.
Voici une bonne bouffée d'air frais avant la rentrée, au contact d'un homme qui cultive le lien entre la terre, le temps et les hommes.
â°ïž Notre guide du jour partage avec nous ONZE pierres qui lâont fait avancer sur son chemin.
đȘš Votre rituel imparable avant d'attaquer une paroi (un dĂ©fi) ?
â Comme dirait un de mes amis dans le BTP : « Un chantier, ça sâprĂ©pare ! ». Jâessaie de tout prĂ©voir, de verrouiller au maximum.
đȘš La âgamelleâ qui vous a le plus aidĂ© ?
â Câest quand on mâa empĂȘchĂ© de me dĂ©velopper, de mâagrandir, dâaccĂ©der Ă du foncier (on = une instance agricole). Ăa mâa donnĂ© une leçon sur la nature humaine, ça mâa appris Ă me dĂ©brouiller par moi-mĂȘme, Ă ne pas compter sur les autres.
« La surface pour un agriculteur reste une des seules Ă©chappatoires Ă©conomiques. Un cĂ©rĂ©alier est rĂ©munĂ©rĂ© Ă lâhectare. Et cette rĂ©munĂ©ration ne fait que baisser⊠»
đȘš Votre âcaillouâ dans la chaussure, votre plus mauvaise habitude ?
â Je suis trop maniaque. Je passe encore trop de temps Ă rĂ©gler des petits dĂ©tails, mais je me soigne !
Archive personnelle
đȘš OĂč ĂȘtes-vous encore trop âsageâ pour sortir du troupeau ?
â Je ne dis pas assez ce que je pense sur mon mĂ©tier (Ă ceux qui nous dirigent). Je ne suis pas encore assez rebelle (mais ça va venir).
đȘš Votre dĂ©cision la plus audacieuse prise au doigt mouillĂ© ?
â Changer ma technique agricole. Jâai mĂȘme engagĂ© un technicien agricole privĂ© et indĂ©pendant pour me conseiller (il est aujourdâhui Ă la retraite). Moins de produits phytosanitaires. Semer trĂšs clair (plus espacĂ©), jâen mets moins au mĂštre carrĂ©, ça donne des plantes plus costauds.
« Je ne sais pas si devenir agriculteur Ă©tait une fibre ou une folie ! » đ
đȘš CâĂ©tait quoi, la derniĂšre fois que vous avez fait quelque chose pour la premiĂšre fois ?
â Partir en Croatie en voiture, avec ma petite famille. Cela nous a vraiment plu, câest trĂšs beau.
đȘš Ce qui vous redonne du souffle quand vous ĂȘtes Ă bout ?
â Les bons petits plats de ma femme Betty.
« Mon prochain projet ? Libérer du temps. »
La rĂ©action de vos âexplorateursâ (vos clients) qui vous touche le plus ?
â Quand ils me disent que jâai des cultures en bonne santĂ© (mĂȘme sâil y a toujours une part de chance).
« Nous sommes des professionnels au grand jour, tout le monde voit notre travail en temps réel. »
Archive personnelle
đȘš Le âmantraâ qui vous pousse Ă rester vigilant ?
â Garder le cap.
đȘš 3 objets de survie dans votre sac Ă dos ?
â Mon couteau, une lampe de poche et ma carabine.
đȘš Avec quel âguideâ (vivant) aimeriez-vous faire cordĂ©e ?
â Avec la famille de Villiers, pour leur esprit dâentreprise et dâaventure. On a beaucoup Ă apprendre de ces gens-lĂ .
Photo B. Julien
Pas trop dur cet été ?
« Oui cet Ă©tĂ© a Ă©tĂ© plus difficile, je me suis senti comme un marathonien avec ce surcroĂźt de travail : irrigation sans repos, des moissons avec 3 semaines d'avance et du coup tout le reste qui s'est enchaĂźnĂ©. Cette annĂ©e, le rendement c'est la cata. Notre plus gros dĂ©fi dâagriculteurs aujourd'hui câest de nous adapter. Mais pour bien s'adapter, il faut de bonnes marges. »
â â â
Bertrand nâest sur aucun rĂ©seau social et nâadhĂšre Ă aucune organisation professionnelle.
đ© Contact : bertrand.julien17@orange.fr
đïž En off :
đ Bertrand, on vous a dĂ©jĂ dit que vous ressembliez Ă Johnny Hallyday ?
â Heu un peu, on me dit aussi que jâai des airs de Daniel Craig.
Pas mal la couverture, Monsieur lâagent secret âșïž
K A M B A | M Ă D I A
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N°28 â JEUDI 27 aoĂ»t 20262â DE LA HAUTEUR
EH OUI | Jammy
Le nombre dâagriculteurs ne cesse de diminuer.
Leur nombre a Ă©tĂ© divisĂ© par 4 en prĂšs de 40 ans, pour ne plus reprĂ©senter aujourdâhui quâenviron 1,5 % de la population active française.photo unsplash.com
Les « hĂ©ritiers Ă vocation », comme Bertrand, sont encore ceux qui se lancent le plus dans lâaventure. Leur profil : des hommes (81âŻ%) et des jeunes (80âŻ% ont moins de 35âŻans au moment de lâinstallation).
Dans le groupe des « reconvertis » : on trouve pas mal de gens en rupture avec lâurbain, qui commercialisent en circuit court, 1/3 en maraĂźchage et 60âŻ% en mode de production biologique. Toutefois le bio reprĂ©sente seulement 1/3 des nouveaux agriculteurs. Ceux-ci sont beaucoup moins syndiquĂ©s que les «âŻhĂ©ritiers bien prĂ©parĂ©sâŻÂ», qui eux sont davantage investis dans le syndicat majoritaire (la FNSEA) et diffĂ©rentes organisations professionnelles agricoles.
đ Qui sont les nouveaux agriculteurs ?
POINT | de bascule
L'intelligence artificielle générative est désormais capable de prendre des initiatives.
On est en droit de se demander : que restera-t-il aux humains ? Et comment cultiver ces compétences ?
âđ» Vous avez quatre heures.
đ « Face au progrĂšs exponentiel de lâintelligence artificielle, annonciateur dâune 4Ăšme RĂ©volution Industrielle, les compĂ©tences qui permettront dâaffirmer la suprĂ©matie de lâHomme sur la Machine prendront toujours davantage dâimportance. Parmi celles-ci, lâintuition figure en bonne place au rang des aptitudes que les robots ne pourront jamais dĂ©velopper, car il leur manquera toujours cette part dâhumanitĂ©. » Fabrice Bonvin - La science de lâintuition
MOT | pour mot
On a demandé à Bertrand son mot de patois charentais préféré :
Zirou/zirouse (adjectif) : câest quand on est trĂšs dĂ©licat, trĂšs sensible (Ă la saletĂ© par exemple)
dégoutté/ée
LANGAGE | des oiseaux
ASTRE = trouver lâastre nous Ă©vite les dĂ©sastres.
Suivre sa bonne Ă©toile âš
đ La âlangue des oiseauxâ, câest une langue fictive, sonore et mystique, qui nous rĂ©vĂšle le sens cachĂ© des mots.
3â BOUFFĂE DâAIR
UN ARTISTE
LA BOULETTE |
Alors que je fais la saison comme hĂŽtesse dâaccueil pour un complexe sportif haut de gamme, jâaccueille un monsieur grisonnant pour sa rĂ©servation dâun court de tennis. Une jeune femme arrive cinq minutes plus tard : se prĂ©sente sous le mĂȘme nom, pour le mĂȘme crĂ©neau. â Votre pĂšre est dĂ©jĂ lĂ , il vous attend sur le court de terre battue. â Câest mon mari. |
đ Racontez-nous vos anecdotes de travail. Kamba en fera peut-ĂȘtre votre moment de gloire dans la prochaine Ă©dition (anonymat garanti). đ contact@bekamba.fr |
UN DESSIN
UNE CITATION
« Je suis toujours prĂȘt Ă apprendre, bien que je nâaime pas toujours quâon mâenseigne. »
Winston Churchill
UN PANORAMA
ßles Féroé (Danemark)
ENCORE UNE JOURNĂE SANSâŠ
Rouler mes serviettes
UN BOUQUIN
Frangines
dâAdĂšle BrĂ©au
Trois sĆurs. Depuis lâenfance, elles vivent leurs plus belles heures Ă La Garrigue, une bĂątisse que leurs parents ont achetĂ©e autrefois Ă Saint-RĂ©my-de-Provence. Tout les oppose et pourtant rien ne peut sĂ©parer ces frangines. Mais leurs retrouvailles cet Ă©tĂ©-lĂ vont bouleverser Ă jamais leur vie.
ââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââ
Le mot "Kamba" en Swahili ne désigne pas seulement la corde, mais l'art de relier.
Vous en voulez encore les alpinistes du quotidien ?
Il faudra attendre jeudi prochain.
Pour joindre la rĂ©dacâ et envoyer vos sujets : contact@bekamba.fr
Pour lire les autres chroniques d'altitude : notre plateforme KAMBA
CrĂ©er du lien, pas que du contenu.đŠ Ćil dâaigle et plume souple, jâaide les entrepreneurs et les crĂ©ateurs de projet Ă dĂ©ployer leur vision avec le cĆur et les MOTS justes. AccĂ©dez Ă mon site internet. |
đ© Si vous lisez KAMBA, câest probablement que votre to-do list ressemble Ă la face nord de lâEverest ou que votre dernier fou-rire au bureau remonte Ă la crĂ©ation de la police Comic Sans MS.
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