â DU L I E N
PREMIER DE CORDĂE | Lâinterview oxygĂšne
Chaque semaine : mettre en lumiĂšre un âguideâ qui crĂ©e du lien et un chemin.
Alexandre SCHMEISSER
Commerçant de proximité version 3.0
Cette semaine, jâaccueille un professionnel qui a Ă cĆur dâĂȘtre au âcĆur du villageâ. Câest naturel chez lui, il est tombĂ© dans la marmite.
Pour se « se soigner » de la fatigue numĂ©rique, certains plaquent tout pour devenir artisans. Alexandre Schmeisser, lui, a choisi de devenir lâartisan du lien social.
Cet ancien technicien informatique a dĂ©branchĂ© les serveurs pour reprendre les rĂȘnes d'un commerce de proximitĂ©. Un choix qui n'a pas Ă©tĂ© seulement un retour aux sources pour ce fils de commerçant, mais une vĂ©ritable mission d'utilitĂ© locale (et familiale).
Avec Alexandre, aurevoir le clichĂ© de lâĂ©picier derriĂšre son comptoir en formica : on est plutĂŽt dans la version 3.0 du commerçant de proximitĂ©. Ă 39 ans, il a dĂ©jĂ eu une "vie d'avant"⊠oĂč il causait Ă des machines qui ne disaient jamais merci. Verdict : le bonheur nâĂ©tait pas dans le processeur. Enfant de commerçants, il avait ça dans le sang. Il a donc troquĂ© les lignes de code pour le contact humain, le vrai, celui qui sent le cafĂ© du matin et les nouvelles du patelin. Du virtuel au viscĂ©ral.
©Valérie Daviet
đ€ïž Notre guide du jour partage avec nous ONZE pierres qui lâont fait avancer sur son chemin.
đȘš Votre rituel imparable avant d'attaquer une âparoiâ ?
- Mâisoler, faire le vide et me recentrer sur moi-mĂȘme.
đȘš La âgamelleâ qui vous a le plus aidĂ© ?
- Le refus dâun patron quand jâĂ©tais Ă©tudiant.
AprĂšs mon IUT en alternance, je me suis dirigĂ© vers le salariat tout en voulant poursuivre mes Ă©tudes. On Ă©tait en pleine crise Ă©conomique (2009), jâenchaĂźnais les rĂ©ponses nĂ©gatives : mon projet de Bac+5 nâintĂ©ressait pas vraiment les entreprises. Jâallais dĂ©passer le dĂ©lai quand jâai repris espoir : avec un reprĂ©sentant de la CPME*, qui faisait la promotion de lâalternance. Mais sa rĂ©ponse a Ă©tĂ© surprenante et dure pour moi : « Votre projet nâest pas viable ». Ăa mâa permis de mesurer le dĂ©calage entre le discours de communication politique et la rĂ©alitĂ© du terrain⊠Jâai dĂ» arrĂȘter les Ă©tudes Ă ce moment-lĂ (nâayant pas trouvĂ© dâentreprise), mais jâai pu les reprendre 8 ans aprĂšs : en alternance !
*CPME = Confédération des petites et moyennes entreprises
« Quand jâĂ©tais salariĂ©, je nâai pas eu la rĂ©compense de mon investissement personnel. Finalement, jâĂ©tais vraiment fait pour gĂ©rer ma propre affaire.â©La Presse de lâĂźle dâHer
đȘš Votre âcaillouâ dans la chaussure ?
- Je me lĂšve toujours 10 minutes avant dâaller ouvrir mon commerce (Ă vĂ©lo). Je sais, ça craint đ !
đȘš OĂč ĂȘtes-vous encore trop âsageâ pour sortir du troupeau ?
- Dans la partie âfinancesâ. Jâai tellement vu mes parents galĂ©rer, que chaque euro doit ĂȘtre justifiĂ©. Je calcule toujours le risque avant de me lancer dans un projet. Optimiste et audacieux, mais pas joueur.
đȘš Votre dĂ©cision la plus audacieuse prise au doigt mouillĂ© ?
- Accepter la place de prĂ©sident pour ma fĂ©dĂ©ration professionnelle dĂ©partementale. Cela faisait seulement un an et demi que jâĂ©tais arrivĂ© en VendĂ©e. Je me suis lancĂ© dans le vide.
đȘš Votre derniĂšre⊠premiĂšre fois ?
- Partir deux fois en vacances dans la mĂȘme annĂ©e. Ăa ne nous Ă©tait jamais arrivĂ© avec mon Ă©pouse.
« Je travaille 7 jours sur 7, mĂȘme en hiver.
Ănergivore, mais passionnant. »
đȘš Ce qui vous redonne du souffle quand vous ĂȘtes Ă bout ?
- Le fait de rentrer chez moi : ça me revitalise direct. Regarder des biopics aussi, comme le film Le rĂȘve amĂ©ricain, par exemple. Lâesprit dâentreprendre, se mettre en mode projet : et ça repart.
La rĂ©action de vos âexplorateursâ (clients) qui vous touche le plus ?
- Quand ils viennent me rendre visite sur lâĂźle (de Noirmoutier), alors quâils me connaissent de mon ancienne affaire, Ă 300 km de lĂ . Un vrai âpĂšlerinageâ : câest une belle reconnaissance, câest hyper sympa et touchant. Cela me permet aussi dâavoir avec eux une autre relation.
« Mon rĂŽle de buraliste va au-delĂ du gĂ©rant, je reste un commerçant de proximitĂ© et de services. Donner un coup de main aux anciens avec leur tĂ©lĂ©phone, changer une pile de montre⊠Câest une bonne Ă©cole, on devient trĂšs psychologue avec le temps. »
©La Presse de lâĂźle dâHer
đȘš Le âmantraâ qui vous pousse Ă rester vigilant ?
- On nâest pas heureux ici !? Je mesure chaque jour ma chance.
đȘš Trois objets de survie dans votre sac Ă dos ?
- Un porte-clés, un calepin avec un crayon et un cùble de téléphone.
đȘš Avec quel âguideâ (vivant) aimeriez-vous faire cordĂ©e ?
- Avec ma mĂšre.
Nous avons une relation particuliĂšre. Quand mon pĂšre est dĂ©cĂ©dĂ© Ă 56 ans (jâavais 28 ans), jâai dĂ©missionnĂ© de mon poste pour aller aider ma mĂšre Ă tenir le commerce familial (quâelle nâarrivait pas Ă vendre). Nous lâavons gĂ©rĂ© ensemble pendant cinq ans. Nous avions pu racheter entre temps le âtabacâ du village (de 2500 habitants). Mes parents avaient un bar-brasserie PMU, on vivait au-dessus du commerce, je suis nĂ© dedans.
â â â
Alexandre grandit dans une petite commune du Maine-et-Loire (49). « AprĂšs lâĂ©cole et pendant les vacances », il aide ses parents au bar. Il est lâaĂźnĂ©, on compte sur lui. GrĂące Ă son oncle qui le pousse, il entame des Ă©tudes supĂ©rieures. « A lâĂ©poque, les profs nous stĂ©rĂ©otypaient. JâĂ©tais un enfant de commerçants Ă la campagne, pour eux mon chemin Ă©tait tout tracĂ© ».
đ„ Buraliste : drugstore des temps modernes
Le mĂ©tier de buraliste est une profession rĂ©glementĂ©e, pour autant elle est en pleine mutation. Ătre buraliste, c'est intĂ©grer une activitĂ© exigeante : on devient "prĂ©posĂ© de l'administration", garant de rĂšgles strictes, avec une amplitude horaire qui dĂ©fie toute concurrence. Mais on reste gĂ©rant de son affaire.
Dans beaucoup de petites communes, le buraliste est le dernier commerce ouvert. Lâendroit oĂč on dĂ©pose son colis, oĂč on ouvre un compte bancaire en 5 minutes, oĂč on fait la pause cafĂ© entre deux visios.
Alexandre incarne cette nouvelle génération qui transforme le "bureau de tabac" en drugstore de quartier : en couteau suisse du village.
K A M B A | M Ă D I A
___________________________________
N°12 â JEUDI 23 AVRIL 2026â UN PEU DE H A U T E U R
LâArt | de se faire du bien
Les MĂ©decins francophones du Canada se sont associĂ©s au musĂ©e des Beaux-Arts de MontrĂ©al pour dĂ©livrer des « prescriptions musĂ©ales » : les malades peuvent admirer gratuitement les Ćuvres.Getty Images
Vite, une piqĂ»re dâart-dareâŠ
đ Lâimpact positif de lâart sur le corps
EH OUI | Jammy
Sous le capot, on a 3 moteurs de MUSCLES.
Lâendurant, pour maintenir un effort longtemps. Le rapide des sucres, quand lâeffort est trop intense pour ĂȘtre couvert par lâoxygĂšne. Et lâexplosif pour les actions courtes et puissantes = le muscle de la survie.
Lâexplosif, câest aussi celui qui se dĂ©cline le plus vite si on le sollicite pas. Heureusement, Kamba est lĂ pour vous muscler la tĂȘte avec une lecture COURTE et PUISSANTE đȘđ»
đ Ăa mâintĂ©resse - mars 2026
POINT | de bascule
- Moi je ne crois que câque je vois.
- Moi je crois quâon ne voit QUE ce que lâon croit.
- Bah moi, je te dis que je crois seulement CE QUE JE VOIS, comme Saint Thomas !
- Okay. Et tu lâas vu⊠Saint Thomas ?
« LâĂšre de la post-vĂ©ritĂ© » dĂ©signe un concept oĂč lâopinion personnelle, lâidĂ©ologie, lâĂ©motion ou la croyance prennent le pas sur la rĂ©alitĂ© des faits. » MichaĂ«l LainĂ©
âđ» Vous avez quatre heures.
LANGAGE | des oiseaux
Respirer â Râaspirer â retrouver lâinspiration, reprendre souffle
đ La âlangue des oiseauxâ, câest une langue fictive, sonore et mystique, qui nous rĂ©vĂšle le sens cachĂ© des mots.
â UNE BOUFFĂE DâA I R
LA BOULETTE
Aujourdâhui, prĂ©sentation des comptes dâune fĂ©dĂ©ration professionnelle lors de son assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale annuelle. Jâaide le prĂ©sident et son Bureau Ă coordonner la manifestation. Deux adhĂ©rents ont Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s pour la âcommission de contrĂŽleâ : ils avaient acceptĂ© dâĂȘtre prĂ©sents pour valider le rapport financier. Quelque temps avant, lâun dâeux nous contacte : « Excusez-moi mais jâai un problĂšme : je ne pourrai pas venir Ă lâAG dimanche. Jâai oubliĂ© que je me mariais⊠». đ€ đ€”đ»
Jâai vraiment vĂ©cu cette situation et on en rit encore avec le prĂ©sident de lâĂ©poque.
đ Racontez-nous une anecdote de bureau : contact@bekamba.fr
Kamba en fera peut-ĂȘtre votre moment de gloire dans la prochaine Ă©dition (anonymat garanti) .
CITATION DU JOUR
Nous sommes les seuls ĂȘtres vivants Ă prĂ©fĂ©rer la suractivitĂ© au repos.
A remplir le moindre vide de nos journées, à ne plus savoir sentir qu'il est temps de faire une pause.
AnaĂŻs Gauthier
PANORAMA
©Richard Jeune
UN TRAIT
đDaniel Goossens pour Fluide Glacial
UN LIVRE
La Ville du Quart dâheure
de Carlos Moreno
đ¶đ»ââĄïž Et si tout ce dont nous avons besoin se trouvait Ă moins de 15 minutes Ă pied de chez nous ? Carlos Moreno dĂ©fend une idĂ©e simple en apparence, rĂ©volutionnaire en pratique : repenser nos villes pour que travail, soins, commerces et loisirs soient accessibles sans voiture.
ââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââââ
Le mot "Kamba" en Swahili ne désigne pas seulement la corde, mais l'art de relier.
Vous en voulez encore les alpinistes du quotidien ?
Il faudra attendre jeudi prochain.
Pour joindre la rĂ©dacâ et envoyer vos sujets : contact@bekamba.fr
Merci les abonnĂ©s ! J'aime bien quand on m'envoie du coeur đ
đ© Si vous lisez KAMBA, câest probablement que votre to-do list ressemble Ă la face nord de lâEverest, que votre dernier fou-rire au bureau remonte Ă la crĂ©ation de la police Comic Sans MS. Bonne nouvelle : on est lĂ pour vous allĂ©ger la charge.
Cette bouffĂ©e dâoxygĂšne vous a aidĂ© Ă respirer ?
Faites-la suivre Ă un ami.
© Kamba, 2 bis rue Guynemer, 17100 Saintes - FRANCE (2026)