Kessel

🐘 Kamba n°12 : humour, altitude et cohĂ©sion

4 minutes et demie de respiration légÚre.

On est foutu, on bosse trop
4 min ⋅ 23/04/2026

○ DU L I E N

PREMIER DE CORDÉE | L’interview oxygùne

Chaque semaine : mettre en lumiĂšre un “guide” qui crĂ©e du lien et un chemin.

Alexandre SCHMEISSER

Commerçant de proximité version 3.0

Cette semaine, j’accueille un professionnel qui a Ă  cƓur d’ĂȘtre au “cƓur du village”. C’est naturel chez lui, il est tombĂ© dans la marmite.

Pour se « se soigner » de la fatigue numĂ©rique, certains plaquent tout pour devenir artisans. Alexandre Schmeisser, lui, a choisi de devenir l’artisan du lien social.

Cet ancien technicien informatique a dĂ©branchĂ© les serveurs pour reprendre les rĂȘnes d'un commerce de proximitĂ©. Un choix qui n'a pas Ă©tĂ© seulement un retour aux sources pour ce fils de commerçant, mais une vĂ©ritable mission d'utilitĂ© locale (et familiale).

Avec Alexandre, aurevoir le clichĂ© de l’épicier derriĂšre son comptoir en formica : on est plutĂŽt dans la version 3.0 du commerçant de proximitĂ©. À 39 ans, il a dĂ©jĂ  eu une "vie d'avant"
 oĂč il causait Ă  des machines qui ne disaient jamais merci. Verdict : le bonheur n’était pas dans le processeur. Enfant de commerçants, il avait ça dans le sang. Il a donc troquĂ© les lignes de code pour le contact humain, le vrai, celui qui sent le cafĂ© du matin et les nouvelles du patelin. Du virtuel au viscĂ©ral.

©Valérie Daviet©Valérie Daviet

đŸ›€ïž Notre guide du jour partage avec nous ONZE pierres qui l’ont fait avancer sur son chemin.

đŸȘš Votre rituel imparable avant d'attaquer une “paroi” ?

- M’isoler, faire le vide et me recentrer sur moi-mĂȘme.

đŸȘš La “gamelle” qui vous a le plus aidĂ© ?

- Le refus d’un patron quand j’étais Ă©tudiant.

AprĂšs mon IUT en alternance, je me suis dirigĂ© vers le salariat tout en voulant poursuivre mes Ă©tudes. On Ă©tait en pleine crise Ă©conomique (2009), j’enchaĂźnais les rĂ©ponses nĂ©gatives : mon projet de Bac+5 n’intĂ©ressait pas vraiment les entreprises. J’allais dĂ©passer le dĂ©lai quand j’ai repris espoir : avec un reprĂ©sentant de la CPME*, qui faisait la promotion de l’alternance. Mais sa rĂ©ponse a Ă©tĂ© surprenante et dure pour moi : « Votre projet n’est pas viable ». Ça m’a permis de mesurer le dĂ©calage entre le discours de communication politique et la rĂ©alitĂ© du terrain
 J’ai dĂ» arrĂȘter les Ă©tudes Ă  ce moment-lĂ  (n’ayant pas trouvĂ© d’entreprise), mais j’ai pu les reprendre 8 ans aprĂšs : en alternance !

*CPME = ConfĂ©dĂ©ration des petites et moyennes entreprises

« Quand j’étais salariĂ©, je n’ai pas eu la rĂ©compense de mon investissement personnel. Finalement, j’étais vraiment fait pour gĂ©rer ma propre affaire.”©La Presse de l’üle d’Her©La Presse de l’üle d’Her

đŸȘš Votre “caillou” dans la chaussure ?

- Je me lĂšve toujours 10 minutes avant d’aller ouvrir mon commerce (Ă  vĂ©lo). Je sais, ça craint 😁 !

đŸȘš OĂč ĂȘtes-vous encore trop “sage” pour sortir du troupeau ?

- Dans la partie “finances”. J’ai tellement vu mes parents galĂ©rer, que chaque euro doit ĂȘtre justifiĂ©. Je calcule toujours le risque avant de me lancer dans un projet. Optimiste et audacieux, mais pas joueur.

đŸȘš Votre dĂ©cision la plus audacieuse prise au doigt mouillĂ© ?

- Accepter la place de prĂ©sident pour ma fĂ©dĂ©ration professionnelle dĂ©partementale. Cela faisait seulement un an et demi que j’étais arrivĂ© en VendĂ©e. Je me suis lancĂ© dans le vide.

đŸȘš Votre derniĂšre
 premiĂšre fois ?

- Partir deux fois en vacances dans la mĂȘme annĂ©e. Ça ne nous Ă©tait jamais arrivĂ© avec mon Ă©pouse.

« Je travaille 7 jours sur 7, mĂȘme en hiver.

Énergivore, mais passionnant. »

đŸȘš Ce qui vous redonne du souffle quand vous ĂȘtes Ă  bout ?

- Le fait de rentrer chez moi : ça me revitalise direct. Regarder des biopics aussi, comme le film Le rĂȘve amĂ©ricain, par exemple. L’esprit d’entreprendre, se mettre en mode projet : et ça repart.

 La rĂ©action de vos “explorateurs” (clients) qui vous touche le plus ?

- Quand ils viennent me rendre visite sur l’üle (de Noirmoutier), alors qu’ils me connaissent de mon ancienne affaire, à 300 km de là. Un vrai “pùlerinage” : c’est une belle reconnaissance, c’est hyper sympa et touchant. Cela me permet aussi d’avoir avec eux une autre relation.

« Mon rĂŽle de buraliste va au-delĂ  du gĂ©rant, je reste un commerçant de proximitĂ© et de services. Donner un coup de main aux anciens avec leur tĂ©lĂ©phone, changer une pile de montre
 C’est une bonne Ă©cole, on devient trĂšs psychologue avec le temps. »

©La Presse de l’üle d’Her©La Presse de l’üle d’Her

đŸȘš Le “mantra” qui vous pousse Ă  rester vigilant ?

- On n’est pas heureux ici !? Je mesure chaque jour ma chance.

đŸȘš Trois objets de survie dans votre sac Ă  dos ?

- Un porte-clés, un calepin avec un crayon et un cùble de téléphone.

đŸȘš Avec quel “guide” (vivant) aimeriez-vous faire cordĂ©e ?

- Avec ma mĂšre.

Nous avons une relation particuliĂšre. Quand mon pĂšre est dĂ©cĂ©dĂ© Ă  56 ans (j’avais 28 ans), j’ai dĂ©missionnĂ© de mon poste pour aller aider ma mĂšre Ă  tenir le commerce familial (qu’elle n’arrivait pas Ă  vendre). Nous l’avons gĂ©rĂ© ensemble pendant cinq ans. Nous avions pu racheter entre temps le “tabac” du village (de 2500 habitants). Mes parents avaient un bar-brasserie PMU, on vivait au-dessus du commerce, je suis nĂ© dedans.

◆ ◆ ◆

Alexandre grandit dans une petite commune du Maine-et-Loire (49). « AprĂšs l’école et pendant les vacances », il aide ses parents au bar. Il est l’aĂźnĂ©, on compte sur lui. GrĂące Ă  son oncle qui le pousse, il entame des Ă©tudes supĂ©rieures. « A l’époque, les profs nous stĂ©rĂ©otypaient. J’étais un enfant de commerçants Ă  la campagne, pour eux mon chemin Ă©tait tout tracĂ© ».

đŸ„• Buraliste : drugstore des temps modernes

Le mĂ©tier de buraliste est une profession rĂ©glementĂ©e, pour autant elle est en pleine mutation. Être buraliste, c'est intĂ©grer une activitĂ© exigeante : on devient "prĂ©posĂ© de l'administration", garant de rĂšgles strictes, avec une amplitude horaire qui dĂ©fie toute concurrence. Mais on reste gĂ©rant de son affaire.

Dans beaucoup de petites communes, le buraliste est le dernier commerce ouvert. L’endroit oĂč on dĂ©pose son colis, oĂč on ouvre un compte bancaire en 5 minutes, oĂč on fait la pause cafĂ© entre deux visios.

Alexandre incarne cette nouvelle génération qui transforme le "bureau de tabac" en drugstore de quartier : en couteau suisse du village.

Alexandre Schmeisser

K  A  M  B  A  |  M  É  D  I  A
___________________________________
N°12 — JEUDI 23 AVRIL 2026

○ UN PEU DE H A U T E U R

L’Art | de se faire du bien

Les MĂ©decins francophones du Canada se sont associĂ©s au musĂ©e des Beaux-Arts de MontrĂ©al pour dĂ©livrer des « prescriptions musĂ©ales Â» : les malades peuvent admirer gratuitement les Ɠuvres.Getty ImagesGetty Images

Vite, une piqĂ»re d’art-dare


📍 L’impact positif de l’art sur le corps


EH OUI | Jammy

Sous le capot, on a 3 moteurs de MUSCLES.

L’endurant, pour maintenir un effort longtemps. Le rapide des sucres, quand l’effort est trop intense pour ĂȘtre couvert par l’oxygĂšne. Et l’explosif pour les actions courtes et puissantes = le muscle de la survie.

L’explosif, c’est aussi celui qui se dĂ©cline le plus vite si on le sollicite pas. Heureusement, Kamba est lĂ  pour vous muscler la tĂȘte avec une lecture COURTE et PUISSANTE đŸ’ȘđŸ»

📍 Ça m’intĂ©resse - mars 2026


POINT | de bascule

- Moi je ne crois que c’que je vois.

- Moi je crois qu’on ne voit QUE ce que l’on croit.

- Bah moi, je te dis que je crois seulement CE QUE JE VOIS, comme Saint Thomas !

- Okay. Et tu l’as vu
 Saint Thomas ?

« L’ùre de la post-vĂ©ritĂ© » dĂ©signe un concept oĂč l’opinion personnelle, l’idĂ©ologie, l’émotion ou la croyance prennent le pas sur la rĂ©alitĂ© des faits. » MichaĂ«l LainĂ©

âœđŸ» Vous avez quatre heures.


LANGAGE | des oiseaux

Respirer → R’aspirer → retrouver l’inspiration, reprendre souffle

📌 La “langue des oiseaux”, c’est une langue fictive, sonore et mystique, qui nous rĂ©vĂšle le sens cachĂ© des mots.

○ UNE BOUFFÉE D’A I R

LA BOULETTE

Aujourd’hui, prĂ©sentation des comptes d’une fĂ©dĂ©ration professionnelle lors de son assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale annuelle. J’aide le prĂ©sident et son Bureau Ă  coordonner la manifestation. Deux adhĂ©rents ont Ă©tĂ© dĂ©signĂ©s pour la “commission de contrĂŽle” : ils avaient acceptĂ© d’ĂȘtre prĂ©sents pour valider le rapport financier. Quelque temps avant, l’un d’eux nous contacte : « Excusez-moi mais j’ai un problĂšme : je ne pourrai pas venir Ă  l’AG dimanche. J’ai oubliĂ© que je me mariais
 ». đŸ€“ đŸ€”đŸ»

J’ai vraiment vĂ©cu cette situation et on en rit encore avec le prĂ©sident de l’époque.

📍 Racontez-nous une anecdote de bureau : contact@bekamba.fr

Kamba en fera peut-ĂȘtre votre moment de gloire dans la prochaine Ă©dition (anonymat garanti) .


CITATION DU JOUR

Nous sommes les seuls ĂȘtres vivants Ă  prĂ©fĂ©rer la suractivitĂ© au repos.

A remplir le moindre vide de nos journées, à ne plus savoir sentir qu'il est temps de faire une pause.

AnaĂŻs Gauthier


PANORAMA

©Richard Jeune©Richard Jeune


UN TRAIT


📍Daniel Goossens pour Fluide Glacial


UN LIVRE

La Ville du Quart d’heure

de Carlos MorenođŸš¶đŸ»â€âžĄïž Et si tout ce dont nous avons besoin se trouvait Ă  moins de 15 minutes Ă  pied de chez nous ? Carlos Moreno dĂ©fend une idĂ©e simple en apparence, rĂ©volutionnaire en pratique : repenser nos villes pour que travail, soins, commerces et loisirs soient accessibles sans voiture. 



┌──────────────────────────────────────────┐
Le mot "Kamba" en Swahili ne désigne pas seulement la corde, mais l'art de relier.

Vous en voulez encore les alpinistes du quotidien ?

Il faudra attendre jeudi prochain.

Pour joindre la rĂ©dac’ et envoyer vos sujets : contact@bekamba.fr


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đŸš©  Si vous lisez KAMBA, c’est probablement que votre to-do list ressemble Ă  la face nord de l’Everest, que votre dernier fou-rire au bureau remonte Ă  la crĂ©ation de la police Comic Sans MS. Bonne nouvelle : on est lĂ  pour vous allĂ©ger la charge.

Cette bouffĂ©e d’oxygĂšne vous a aidĂ© Ă  respirer ?

Faites-la suivre Ă  un ami.

 © Kamba, 2 bis rue Guynemer, 17100 Saintes - FRANCE (2026)

On est foutu, on bosse trop

Par Valérie DAVIET

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